Trois-Frontières (Sundgau rhénan) France
Sierentz


Une goutte d’histoire de Sierentz, ça ne fera pas déborder le vase...
La présence humaine sur le territoire Sierentzois remonte au néolithique, ainsi que le démontre la mise à jour d’une habitation de l’époque, une des plus importantes découverte archéologique en Alsace. Grâce aux fouilles archéologiques des Indianas Jones du coin, une occupation gallo-romaine est attestée au nord de la cité.
Pour autant la première trace manuscrite du village date du Moyen-Âge. En effet, en 835, une charte de Louis le Germanique, petit-rejeton de ce sacré Charlemagne (vous savez le bougre d’animal qui a eu l’idée folle d’inventer l’école), mentionne Serencia Villa.
Quelques années plus tard, en 870, le traité de Merssen, partageant la Lotharingie de Lothaire II entre ses oncles Charles le Chauve et Louis le Germanique, évoque pour la première fois la Hochkirch, l’église-mère de la région.
Comme de nombreuses localités médiévales, Sierentz passe de main en main et au Xe siècle, la ville « atterrit » entre les mains des évêques de Bâle qui répartissent leurs terres en deux cours colongères (cour seigneuriale (Dinghof) dont dépendent un nombre variable de personnes) : le Oberdinghof et le Niederinghof.
En 1445, comme tant d’autres villages de la région, Sierentz est mis à sac lors d’un raid bâlois contre la seigneurie et ce n’est qu’un des épisodes dramatiques qui frappent les populations du XVIe au XVIIIe siècle, puis jusqu’à la révolution.
Ainsi Sierentz ne déroge pas à ce qui semble être une règle dans la région à l‘ époque, la ville a une histoire tourmentée, ponctuée par les divergences continuelles entre le seigneur du lieu et la communauté. Au XVIIIe siècle, sous l’influence des Waldner de Freundstein, qui permettent à une importante communauté juive de s’établir à Sierentz, le village redevient peu à peu un carrefour commercial important.
L’histoire de Sierentz, c’est comme un bon gruyère, il y a plein de trous dedans. C’est ainsi qu’on passe sans crier gare du XVIIIe siècle à 1948 année au cours de laquelle le ministre de l’intérieur d’alors, Jules Moch, concrétisant une situation de fait, ratifie le transfert du chef-lieu de canton de Landser à Sierentz.
Ces informations gravées sur votre disque dur, nous pouvons désormais passer au chapitre touristico-historique de notre reportage.
A la découverte de Sierentz...
“Promenons nous dans les bois, pendant que le loup n’y est pas, si le loup y était il nous mangerait ! “
Sauf qu’il n’y a pas (encore ?) de loup en Alsace et qu’il ne s’agit pas d’un bois mais de la forêt de la Hardt, entre Sierentz et Geispitzen, où il existe une quinzaine de tumuli, ou tertres, appelés Gallohihl.
Ces arbres ont ceci de particulier que ce sont des monuments funéraires édifiés au-dessus des tombes de personnages importants ou de guerriers ainsi que semble le prouver la présence fréquente d’armes.
Veuillez excuser l’absence d’illustrations, mais ayant déjà bien du mal à distinguer un pissenlit d’un topinambour, vous pensez bien que retrouver des arbres dans une forêt est une mission un brin trop compliquée pour moi. (si une bonne âme est prête à nous communiquer une photo, on est preneur
)
Caractéristique de l’époque reconstruction postérieure à la guerre de Trente Ans, cette maison à colombage porte la date de 1689 sur la sablière d’étage moulurée (les connaisseurs apprécieront la précision du vocabulaire, les autres iront chercher le Petit Larousse …).

L’arc de porte datant de 1615 se trouve sur l’ancienne maison curiale, jouxtant l’ancienne chapelle de la Bienheureuse-Vierge-Marie (ou ce qu’il en reste…). Cet édifice, l’un des plus anciens bâtiments millésimés en pierre de la commune, sert de demeure aux recteurs de la paroisse jusqu’en 1900, date de la construction du nouveau presbytère. Aujourd’hui ce sont des quidams comme vous et moi qui y ont élu domicile. On les remercie, au passage, pour leur aimable autorisation de photographier et pour le dérangement pendant le café.

De la chapelle de la Bienheureuse-Vierge-Marie (qui ne doit plus l’être tant que ça vu ce qu’il reste de la chapelle), située dans le jardin de l’ancienne cure, ne subsiste, depuis sa démolition au XIXe siècle, qu’un pan de mur datant de 1293, percé d’une fenêtre de style gothique. L’existence, au début du XVIIe siècle, d’un autel dédié à St Meinrad y est attestée. Les fréquentes inondations du Sauruntz (le cours d’eau qui traverse la ville) ne sont pas étrangères au délabrement de la chapelle, pourtant desservie jusqu’en 1836, année de l’érection de l’église paroissiale St-Martin.

Dès 1340, des écrits mentionnent l’ancien moulin de Sierentz, c’est dire si il est vieux ! En 1773, c’est toujours le seul moulin recensé par les documents fiscaux de la seigneurie de Sierentz sur le Sauruntz. Propriété des familles Hassler, Hoog et Haas, les bâtiments de minotiers sont incendiés en 1917.
Le bâtiment tel qu’il est aujourd’hui est plutôt celui du milieu du XIXe siècle.

Sur la façade côté rue de la maison à colombages Moser (XVIIIe siècle), l’inscription est dans la lignée des formules destinées à faire réfléchir le passant sur la précarité de la vie terrestre : “Es isch scho später as dü dankch” signifie : “il est déjà plus tard que tu ne le crois”. Déprimant ? Non, juste réaliste.

Cette ancienne demeure de notable de 1608 est l’un des témoignages de la vitalité de Sierentz au début du XVIIe siècle. Un vaste toit coiffe le bâtiment, dont la structure du pan de bois de l’étage est unique dans le canton. Le linteau de la porte d’entrée est orné de trois écus.


Comme pour rappeler l’activité industrielle de Sierentz, la cheminée de l’ancienne tuilerie du 52 de la rue Rogg-Haas a été conservée lors de la rénovation de celle-ci. Parallèlement à la fabrique de tuiles fonctionnaient une filature de coton, une scierie mécanique, une faïencerie ou encore une usine de toiles peintes. Au cours du XVIIIe siècle, la tuilerie, propriété des Waldner, emploie deux ouvriers. Après le second conflit mondial, l’exploitation est interrompue et les bâtiments sont reconvertis en logements. (avis à la Mairie - on reviendra faire la photo quand l'épave Talbot aura été enlevée
)
Malgré le vol des statues de St-Jean et de la Vierge qui s’y trouvaient par des malandrins malappris, l’oratoire de la Crucifixion, bâti en 1681, a été restauré.
Le Christ baroque qui y figurait a été placé dans l’église (certainement pour lui éviter un destin semblable à ceux des deux statues qui lui tenaient compagnie) et remplacé par une croix de mission de 1931. Une croix de mission est une croix monumentale érigée en souvenir d’une mission (logique implacable), c’est-à-dire d’une ou de plusieurs journées de catéchèse. Le portail en fer forgé est l’ancien portail du cimetière de la Hochkirch sur lequel nous reviendrons ultérieurement.

Sur une bâtisse du XVIIIe siècle se trouve un cadran solaire en parfait été parce que reconstitué, dont l’ensemble des coloris émerge sur un crépi azuré. Les moulures en U à la base et au sommet du cadran concordent avec les voussures des fenêtres baroques (les voussures sont des arcs concentriques en retrait les uns par rapport aux autres au-dessus d’un portail ou d’une fenêtre). La devise latine qui domine, est ainsi libellée : « Dirigat Umbra Alios Vobis Ego Lumine Prosum », c’est-à-dire « l’ombre peut guider d’autres, moi je vous rends service par la lumière ». Manichéenne comme un mauvais film d’action des années 80 avec Chuck Norris, elle oppose l’ombre à la lumière, le vice à la vertu, le bien au mal.
Fontaine

Le fût provient d’une ancienne fontaine auparavant située à proximité de la mairie, laquelle comprenait un bassin octogonal et une auge

Et ça décourage les fidèles ! Las d’avoir à se rendre à la Hochkirch, les paroissiens de Sierentz décident, après avoir interprété l’incendie d’une boulangerie du village comme un signe divin, de se doter d’une nouvelle église. Un groupe de généreux souscripteurs achète alors le terrain, et un commandant de l’armée napoléonienne en retraite en dresse les plans. À la suite du refus des autorités de démolir l’ancien édifice, et à cause de la nécessité économique de réutiliser ses matériaux, des villageois organisent une opération commando et démolissent la Hochkirch. Ceci étant fait, le nouveau sanctuaire peut voir le jour sous l’impulsion du curé et grâce à un financement par souscription. En 1883, le dôme d’origine, fortement inspiré par les pérégrinations de Jellé dans les pays de l’Est, et qui posait des problèmes d’infiltrations, est remplacé par un autre, signé par l’architecte Grimm de Mulhouse.


« Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître... ».
En ce temps-là, chaque boutique avait son enseigne. Celle-ci, sous forme d’une bannière pivotant sur la hampe, est surmontée d’un volatile et d’une tulipe (aucun rapport avec les Pays-Bas pour autant).
Le bâtiment est construit à une époque (1864) où l’émulation entre communes voisines joue à plein pour se doter de la plus belle école. L’instruction primaire en Alsace est alors si florissante que Victor Duruy (ministre de l’instruction publique de 1863 à 1869) qualifie les instituteurs alsaciens, invités à l’Exposition Universelle de Paris en 1867, de “pontonniers de l’instruction du peuple” (les pontonniers étant des militaires du génie chargés de la construction des ponts).
En dépit de l’émulation entre localités voisines et de l’hommage ministériel, rares sont les bâtiments de la région à usage exclusivement scolaire. Outre les salles de classe et le logement de l’instituteur, on trouve très souvent dans la maison commune (comme c’était le cas à Sierentz) la mairie, un entrepôt pour les pompes à incendie et un corps de garde, soit l’autorité, la sécurité et la culture rassemblées sous un seul et même toit.
La dame ayant décidé de se refaire une beauté, ici non plus pas de photo. On attendra donc la fin de l’opération pour aller prendre de nouvelles photos.

Ce Wacchiesle, ancienne petite maison de garde, avait autrefois deux fonctions : rangement du matériel du garde champêtre et salle de garde comportant une prison, réservée aux maraudeurs ou autres fêtards éméchés qui troublaient l’ordre public. Elle a été rénovée et aux dernières nouvelles, on n’y enferme plus personne.


L’ouverture de la ligne de chemin de fer de Bâle à Mulhouse en 1840 et la construction d’une gare ont grandement contribué à l’essor de la commune au XIXe siècle et à l’accentuation de son importance face à Landser. Bien qu’aucun employé n’y exerce plus, la gare est loin d’être fantôme puisqu’il s’agit de la dernière gare du canton, et que les usagers y sont encore nombreux.
Au XIXe siècle, Geneviève Rogg-Haas, fait don de sa maison natale, l’ancienne auberge « A l’ange », à la commune de Sierentz pour que celle-ci y installe un hôpital. Grâce aux biens légués par la même donatrice par testament, le nouvel hôpital est construit quelques années plus tard. Il subit plusieurs transformations et agrandissements dans la seconde moitié du XXe siècle pour rendre les locaux plus fonctionnels.

« Santa Barbara, dis moi pourquoi, j’ai le mal de vivre… ».
Malgré ce nouvel interlude musical, ce vitrail n’a aucun rapport avec la série américaine à l’eau de rose qui rythmait les après-midi de TF1 dans les années 80. C’est l’un des six vitraux que compte la chapelle de l’hôpital, construite en 1892 à la demande de la donatrice. À côté des vitraux de Ste Geneviève, sa patronne, et de St-Fridolin, prénom de son défunt époux, figure Ste Barbara, nom de la fille unique du couple décédée à l’âge de 16 mois en tombant des bras d’une domestique.

Outre celui de la Hochkirch, Sierentz possède un second cimetière, propriété de l’hôpital, réalisé grâce à la fondation Rogg-Haas. Cette dernière est également à l’origine de cette croix des missions, dont le fût porte des écots, fixée par quatre coins enfoncés dans le socle.

En face de l’hôpital, sur une petite colline cachée derrière les arbres, une statue de la Vierge est érigée le 8 décembre 1904 à l’occasion du 50è anniversaire de la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception par le Pape Pie IX dans sa bulle Ineffabilis Deus, comme en témoigne l’inscription sur le socle du monument. C’est à partir de ce moment que la colline prend le nom de Muttergottersberg, colline de la Vierge. La présence de la statue n’est pas pour rien à la dévotion à la Vierge miraculeuse, qui fut propagée dans la région par les Soeurs de le Charité, qui oeuvrent alors dans l’hospice-hôpital Zur Engelsburg.

Situé à deux pas de la statue de la Vierge, le campanile (aucun lien de parenté avec les hôtels) provient de l’ancien clocheton de l’hôpital, victime collatérale de la modernisation.
Les deux cloches en bronze, avec battant intérieur et marteau extérieur, comportent respectivement des feuilles de chêne garnies de glands et un décor floral stylisé en guise de décoration.

À l’instar de plusieurs bâtiments publics de la commune, cet édifice a été construit grâce à la fondation Rogg-Haas (décidément bien généreuse, elle méritait qu’on donne son nom à la principale artère de la ville), à l’emplacement d’une ferme dont il reste des vestiges. Il a remplacé l’ancienne maison curiale, situé près du moulin. Les encadrements des baies et des pilastres d’angle sont remarquables ainsi que ne manqueront pas de le remarquer les plus architectes d’entre vous.

Jusque quelques années après la Seconde Guerre Mondiale, distiller son propre schnaps ou eau de vie, était une tradition forte dans les familles alsaciennes. Grâce à l’alambic, quetsches, mirabelles ou cerises libèrent leur alcool, entre 50° et 60°. Dans les années 60 la décision du gouvernement de ne pas renouveler aux descendants le droit de distillation gratuite accordé à leurs aînés et les taxes prohibitives conduisent à la disparition progressive de la distillation familiale.
Aujourd’hui, seuls quelques alambics communautaires restent opérationnels.




Balade au cimetière de la Hockirch








Vitrail

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