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La culture du Rubané dans le Dreyeckland

Vers 5300 avant JC, un mouvement né au Danube atteint le Dreyeckland. C'est le début de la néolithisation de notre région qui va aboutir à des changements radicaux du mode de vie des populations.

Au VIe millénaire av. J.-C. naît un courant culturel quelque part dans la région du Danube, qui apporte des modifications radicales du style de vie. Ainsi, des innovations importantes provenant du Proche Orient sont adoptées, telles que la confection de poteries et surtout l’élevage et l’agriculture, qui ainsi entraînent une sédentarisation en petites agglomérations de populations qui jusque-là se nourrissaient surtout de cueillette et de chasse, mode de vie qui les obligeait à nomadiser régulièrement.

Une partie de cette population danubienne va toutefois migrer vers l’ouest pour des raisons jusque-là inconnues (raisons économiques, démographiques, militaires ?), et ainsi coloniser une bonne partie de l’Europe occidentale. Ce mouvement atteint l’Alsace vers 5300 av. J.-C., avant de continuer à coloniser le territoire de la France en se scindant en deux vagues distinctes, une se dirigeant vers la Lorraine et le Benelux,  et l’autre continuant vers le bassin parisien. L’ensemble du Dreyeckland est donc touché par ce mouvement de plein fouet. C’est ainsi à cette période que l’humanité va se sédentariser dans notre région, après s’être substituée aux populations de chasseurs-cueilleurs du mésolithique, descendants directs des hommes de Cro-Magnon, qu’ils vont toutefois côtoyer pendant un certain temps. Les préhistoriens nomment ces nouveaux venus « Culture du Rubané » en raison des décors en rubans très caractéristiques de leurs poteries. Il s’agit de la partie la plus ancienne du néolithique.

 


I. L’agriculture

 

Ces nouveaux arrivants cultivent le blé et l’orge principalement, mais également des légumes, dans de petits champs. Bien que présente dans les plaines, la culture du Rubané s’est bien implantée sur les collines loessiques en Alsace et particulièrement dans le Sundgau, pour des raisons de fertilité de la terre, mais probablement aussi pour des raisons évidentes de points de vue élevés qui permettaient de porter le regard au loin en favorisant ainsi la défense des positions de la communauté.

Ils ont également appris à élever le porc, le bœuf et le mouton et ont plus ou moins abandonné la chasse qui ne leur était plus indispensable. Ce mode de vie qui peut nous paraître logique et familier à présent, n’en était pas moins à l’époque une révolution importante des mœurs et des mentalités. L’homme devenait enfin maître de son environnement, en le modelant à son gré, alors qu’auparavant il devait se contenter d’essayer de s’y adapter au mieux. Il a ainsi appris à planifier son travail suivant les saisons et surtout à anticiper ses besoins alimentaires, en dépendant nettement moins des aléas qu’entraînait la chasse.

 

 

II. La céramique

 

Pouvoir planter, cultiver et moissonner, c’est très bien, mais encore faut-il pouvoir stocker, conserver et cuire ces aliments. C’est là qu’intervient une innovation capitale : la céramique. Grâce à cette technique, l’homme est enfin capable de fabriquer des récipients non périssables, solides, qui permettent de conserver les céréales et autres aliments, et de les cuire sans que le récipient n’en soit altéré par l’usage.

La céramique rubanée a donné son nom à cette culture. En effet, la poterie de cette période est décorée de rubans formés de sillons, pointillés, lignes et autres formes géométriques. Les pots sont souvent à fond ronds et possèdent quelques fois des anses de suspension.

Le tour de potier n’ayant pas encore été inventé à cette époque, la poterie est donc façonnée selon la technique du colombin, c'est-à-dire à partir d’un long boudin d’argile, qui est superposé pour donner une forme sommaire au pot que l’on désire. On retravaille ensuite le tout, en lissant aussi bien l’intérieur que l’extérieur, avant de décorer l’ensemble avec les motifs désirés et de cuire la poterie ainsi obtenue à l’étouffée. Les fours sont composés de simples fosses creusées dans le sol et recouvertes de branchages.

         

                  Exemple de poteries de la culture du Rubané

 

 

III. L’outillage

 

Auparavant, la pierre (silex essentiellement, mais aussi d’autres matières, telles que le quartzite ou la chaille par exemple) était simplement taillée pour façonner des outils (racloirs, grattoirs, armatures de flèches, bifaces, hachereaux, etc.), de façon grossière au début de l’humanité et de plus en plus précisément au fur et à mesure que les techniques évoluaient, jusqu’à atteindre des tailles microlithiques (moins de 20 mm) au mésolithique.

Avec la culture du Rubané, l’outillage lithique fait également un énorme bon en-avant. En effet, même si la majorité des outils de tous les jours (lames, racloirs, grattoirs, flèches, etc.) sont toujours taillés, selon des techniques nouvelles parfois, la plupart du temps selon d’anciennes méthodes, les haches et herminettes sont quant à elles méthodiquement polies, afin de leur apporter plus d’efficacité et de robustesse. En effet, un choc dû à l’utilisation a moins de chance de briser une hache polie qu’une hache simplement taillée, pour des raisons de diffusion de l’onde dans la matière. Ce polissage s’effectue par frottement de l’outil sur un polissoir dormant ou mobile en matière abrasive (grès, granit, …).

Un type d’outil est particulièrement représentatif de la culture du Rubané, l’herminette en sabot, nommée ainsi en raison de sa forme qui rappelle un sabot. Ce type d’herminette représente pour les archéologues un fossile directeur de la culture du Rubané, c'est-à-dire qu’elle leur permet de dater clairement un site à partir de la découverte d’un tel outil.

Le développement de la technique des haches et herminettes polies est à mettre en relation directe avec le défrichement important entamé au début du néolithique en raison de la naissance de l’agriculture.

Un autre outil caractéristique du début du néolithique est la faucille, liée aussi directement au développement de l’agriculture. Elle est généralement composée d’une armature en bois dans laquelle viennent s’insérer des petites lames.

     Faucille de la culture Rubané            Herminette1.jpg

   Essai de reconstitution d'une                 Herminette en sabot

  faucille de la culture du Rubané

 

 

IV. Les maisons et villages

 

Enfin, les maisons de la culture du Rubané sont aussi très caractéristiques. Rectangulaires, elles peuvent mesurer fréquemment jusqu’à quarante mètres de long, cinq à six mètres de large et au moins six mètres de hauteur. Elles peuvent accueillir plusieurs familles à la fois. Elles sont construites en bois, à partir de trois rangées de poteaux. Les murs sont ensuite remplis de torchis et les maisons recouvertes de toits de chaume soutenus par des poteaux intérieurs. L’espace interne est divisé en zones bien différenciées (espace de vie, zone artisanale, étable, grange, … etc.)

Les agglomérations, premiers véritables villages d’Europe centrale et de l’Ouest, sont composées souvent de plusieurs dizaines de maisons, tout orientées dans la même direction.

En savoir plus sur l'Histoire du Sundgau, et notamment la préhistoire...


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Dreyeckland : France - Alsace - Haut-Rhin - Sundgau
by Thierry last modified 2007-08-22 15:56