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La vierge noire dans le Tannwald

La légende sundgauvienne de la Vierge Noire dans le Tannwald. Une légende de la Forêt Enchantée d'Altkirch.
Forêt Enchantée d'Altkirch : La Vierge Noire dans le Tannwald Forêt Enchantée d'Altkirch : La Vierge Noire dans le Tannwald
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Ludigari est un ermite qui vit dans une hutte au milieu de la forêt du Tannwald. Il était si bon qu’il regardait toujours le sol de crainte d’écraser un grillon, ou quelque autre insecte, et il faisait ample provision de baies, de graminées, de glands, de faines pour nourrir les oiseaux, les écureuils et les autres bêtes venant pleurer misère autour de sa hutte, en hiver. Le saint homme était parfois de longs mois sans voir âme qui vive et il avait presque désappris de parler, ne s’exprimant que par gestes.

Il devint très, très âgé, marchant courbé en deux et ne sortant de ses bois qu’aux fêtes de la Vierge. Blanc comme la neige des Alpes étaient ses cheveux et sa barbe, — cette dernière tellement longue, qu’elle balayait le chemin. Un beau matin, il se sentit si faible qu’il vit bien qu’il allait mourir. Il s’étendit sur son lit de fougères et se mit à dire les prières des agonisants. Un radieux soleil entrait par sa porte au large ouverte et par sa petite fenêtre sans vitres, et quoique désirant les béatitudes célestes, il eut regret de quitter sa jolie forêt, où tant d’oiseaux chantaient des airs guillerets qu’en les écoutant il vous semblait qu’on devait toujours rester jeune et échapper ainsi à la grande Faucheuse. Et il trouva triste, aussi, de mourir ainsi tout seul, sans âme qui vive.
Comme il était très résigné, après trois soupirs donnés à cette ultime misère, il se remit à prier la bonne vierge noire, lui recommandant son âme.

Mais voici que vinrent grimper au long de sa barbe blanche deux petits grillons qui montèrent jusqu’à son oreille pour lui affirmer qu’il ne mourrait pas solitaire, vu que chaque hôte de la forêt allait envoyer une délégation pour l’assister. Bientôt deux coccinelles vinrent à leur tour, deux fourmis aussi, deux cerfs-volants, deux dames d’or, deux écureuils, deux lièvres, deux perdrix, deux coqs de bruyère et ainsi jusqu’à ce que toutes les bêtes de la forêt furent représentées. Quant aux oiseaux, ils arrivèrent par milliers, tenant tous en leur bec un brin de muguet, de serpolet, ou de quelque autre fleur odorante des bois.

Ils entraient par la porte ouverte, jetaient la plante sur la couche, ou sur le sol, et ressortaient par la fenêtre, se perchant sur le toit et chantant, chantant à s’en rompre les cordes vocales. Il faisait nuit qu’ils musiquaient encore. L’ermite souriait, mais il trouvait quand même qu’il faisait bien sombre et aurait voulu contempler tous ces animaux qu’il aimait et leur montrer par son visage serein, son immense gratitude. Or, voici qu’une lueur bleuâtre s’éleva du sol où se mouvait un long ruban de lumière, et c’était la délégation des vers luisants, venus en nombre, qui s’épandit autour de la tête du saint, lui faisant une auréole. Puis un rayon de lune entra par la porte au large ouverte et par la petite fenêtre sans vitre, si bien que la cabane devint toute clarté.

On entendit, au loin, la sonnette d’un enfant de choeur. Le drelin se rapprocha et l’on vit entrer deux anges qui agitaient de petites clochettes d’argent, et derrière les anges, en robe blanche lamée d’or, entrait la vierge noire d’Einsiedeln, dont le visage d’ébène était aussi doux à contempler que la fleur la plus belle.

— Me voici Ludigari, dit-elle, tu m’as toujours servie avec tendresse et c’est moi-même qui vais t’emmener auprès de mon cher fils Christus.
Alors, le vieil ermite ferma les yeux, eut un long soupir et exhala son âme de bonté, tandis que tous les animaux se mirent à pleurer leur doux ami.

Une légende de la Forêt Enchantée d'Altkirch

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by Jean-François MATTLER - webmaster last modified 2008-12-08 17:38