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Un verrier d’art à Altkirch

Peut être ne le saviez vous pas, mais on trouve, dans un petit recoin de la capitale du Sundgau, un verrier d’art. Certes, Pascal Lemoine ne souffle pas ses pièces en Alsace, mais il les travaille avec amour et précision.
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Après avoir son CAP au CERFAV (Centre Européen de Recherche et de Formation des Arts Verriers) près de Nancy où il a acquis les techniques de base de l’art de la verrerie grâce aux interventions de professionnels du monde entier, Pascal Lemoine part en compagnonnage européen. Il se met au service de grands verriers comme Niel Wilkin en Grande-Bretagne. C’est pour lui l’occasion de travailler en équipe sur des projets commandités par des designers.

Il a beaucoup travaillé au Danemark, en Suède et dans 15 ateliers en France. C’est riche de toutes ces expériences que Pascal Lemoine créé son entreprise en l’an 2003. Installé à Altkirch, dans le Sundgau, il se spécialise dans la réalisation d'objets décoratifs, un domaine dans lequel il va rapidement se faire un nom. C’est ce qui donne un sens à son art selon sa propre expression.

Le monde du verre est une petite famille qui compte environ 150 ateliers de verrerie en France. Les écoles suivent le parcours des élèves chez leur maître et lors de leur parcours, les professionnels se donnent des conseils, ils organisent des expositions communes et créées une réelle dynamique porteuse de talent.

Sa vocation, il l’explique par un voyage sur l’ile de Murano, là où les verriers de Venise avaient été obligés d’installer leur four pour éviter d’incendier la ville. Ce voyage au pays des souffleurs de verre allait lui révéler la passion grâce à laquelle il s’exprime aujourd’hui. Selon lui, le verre est une matière ambigue, à la fois transparent et protecteur, qui lui permet de jouer sur la réalité de la perception…

Si à ses débuts le souffleur de verre
Pascal Lemoine acceptait de faire des démonstrations de soufflage, il ne désire plus être une “bête de spectacle”. Pascal Lemoine préfère de beaucoup que l’on apprécie son talent à travers ses créations qu’il expose dans des galeries du monde entier : en Suède, en Angleterre, en Espagne, au Nouveau Mexique, à Santa Fe, à Shangaï, à l'Hôtel Drouo à Paris, à Bâle, à Montreux-Jeune…son travail a été validé par des experts en verre contemporain  et ai jugé comme unique dans le milieu de l'art verrier.


Exposition d’art de Montreux-Jeune

Lorsqu’il est à Altkirch, les pièces de
Pascal Lemoine ont déjà été soufflées et émaillées dans l’un de ses ateliers du Tarn, de l’Ain ou du Nord de la France. Les photos qu’il nous propose sont celles de son atelier de Carmaux dans le Tarn, la ville où Jean JAURES a défendu la corporation des verriers. Comme un clin d’oeil à l’Histoire, il a été le premier verrier à s’y être à nouveau installé après la disparition totale de ce métier de la ville.

Pascal Lemoine travaille assez librement en fonction de son inspiration et plus matériellement de ses stocks. Il ne travaille jamais sur commande. C’est lui qui gère ses périodes de soufflage, ses temps de fignolage et ses temps de voyage. Il est en effet amené à beaucoup voyager pour chercher de la matière ou pour participer à des expositions. Il a aimablement accepté de nous autoriser à publier ces photos qui démontrent son savoir-faire.

Rétrécissement de la base avec un fer        Soufflage avec une canne à angle      

Tout d'abord, le souffleur de verre prélève, à l’aide d’une canne, une boule de verre dans le four à 1200°. La canne est en fait un tube qui permet de souffler la pièce. En même temps qu’il souffle la pièce (entre 1000 et 500°C), le verrier doit la tourner et la former à l’aide d’un papier journal humide ou de fers ; c’est là que se révèle toute l’expérience du maître.

Le fer est en forme de pince et permet de travailler l’objet par l’extérieur pour diminuer la taille de son ouverture ou de l’intérieur pour l’augmenter.

Quand la matière est figée, on peut réchauffer la pièce pour aller cueillir une autre boule de verre en ébullition que le verrier recommence à tourner et souffler. Il faut par exemple 6 à 7 cueillages pour obtenir la base de sa sculpture.

Préchauffage avant nouvau cueillage

Comme vous pouvez l’imaginer, le travail de souffleur de verre éreintant. Dès qu’il cueille sa première boule, le verrier ne cessera de faire tourner sa canne. C’est pourquoi afin de travailler avec plus de précision et moins d’efforts il utilise un banc.

Une fois que la pièce possède la forme souhaitée, elle est transférée sur un pontil.
À la différence de la canne (creuse), le pontil est plein à bout droit. Pour que la pièce s’y fixe, on y place un petit bout de verre qu’on soudera au « cul » de la pièce. Dès que l'objet est fixé au pontil, le verrier émet une très légère onde de choc sur la canne. Cela suffit pour que l'objet se détache de la canne. Une fois l’objet monté sur le pontil, il faut réchauffer la pièce afin de solidifier la soudure.

L’étape suivante consistera à recouvrir la réalisation d’émaux en poudre. La couleur des émaux dépend de leur composition chimique et de la température à laquelle ils sont soumis. C’est pourquoi, selon les ateliers et les pièces, on n’obtiendra pas les mêmes teintes. Chaque objet est unique !

Pose des émaux 2        Pose des émaux        

C’est la raison pour laquelle un verrier pourra réaliser plus de 40 passages dans le four pour arriver à la teinte et à la forme souhaitée. Car à chaque fois que l’on modifie la structure de l’objet il faut réchauffer toute la matière.

Une fois qu’il a fini d’enrober sa création, il l’immerge dans une bassine d’eau froide, ce qui refroidit les parois et forme des craquelures au niveau de la croûte.

Il faut alors replacer une dernière fois la pièce dans un four spécial ( arche ) une nuit à deux jours pour éliminer toute les tensions du verre.
Bien entendu cette opération s’effectue avec plusieurs pièces ! Les plus grosses, toujours travaillées en premier, attendent sagement les plus petites au fond du four avant le bain de chaleur qui les rendra si belles.

les vases de M. Lemoine sont au four

La baisse de la température de l’arche se fait de manière progressive. Une fois que cela est fait, il ne reste plus qu’à poncer le «cul» de la pièce pour qu’elle soit bien droite et attaquer la partie décorative.

L’émail étant constitué de strates, une partie essentielle du travail de M. Lemoine va être de retirer certaines parties de l’objet à l’aide d’une sableuse. C'est la partie de son travail qu'il effectue à Altkirch.

La sableuse du verrier
    

Afin de réaliser des formes originales, Pascal Lemoine recouvre préalablement l’objet de couches de colles et de ruban adhésif. C’est là la partie la plus artistique du travail.

Travail des vases de M. Lemoine

Pour lui l’inspiration sert à visualiser la pièce en fabrication, mais la réalisation d’une oeuvre est avant tout un énorme travail.

Selon la puissance de projection du sable au sein de la cabine et du niveau de résistance du scotch ou de la colle, on observe soit apparition de cratères, ou de surfaces mats...Il s’agit en fait de mettre en valeur toute la beauté de la pièce originale. Chaque geste est prémédité, dosé afin d’éviter de briser la pièce si longuement confectionnée.

Bien sûr, le tout dans les meilleures conditions de sécurité.

Grâce à la précision du filet, on peut avoir une grande maîtrise de l’érosion de la pièce. Avec la mise en place de film polymère, on peut même réaliser des écritures sur la surface de sa sculpture.
Une fois que M. Lemoine pense avoir atteint le niveau optimal de travail, il signe ses oeuvres à l’aide d’un Dremel, les nettoie et les huile pour les faire briller.

Les oeuvres d’art de M. Lemoine

Pour Pascal travailler le verre c’est se trouver face à soi même. C’est oser regarder son travail, surpasser ses échecs, améliorer ses techniques, avoir la maîtrise de ses gestes et de sa patience pour finir par être satisfait de son travail. C’est pourquoi il a accepté d’être formateur dans des stages de réinsertion. La verrerie pouvant servir de tremplin vers une nouvelle activité sociale.

NB : S’il faut 2 à 15 jours à M. Lemoine pour souffler tous ses pièces, il lui faut 1 à 6 jours de travail à Altkirch pour fignoler chaque oeuvre.



Renseignements :
Pascal Lemoine
6, rue des Moulins
68130 ALTKIRCH
Tél : 03 89 08 85 98
lemoinepascal@yahoo.fr

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by Edith JAECKY last modified 2007-12-28 11:07