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Edvard Munch expose à la fondation Beyeler

La fondation Beyeler consacre du 18 mars au 15 juillet une exposition sur le précurseur, visionnaire et surprenant Edvard Munch. Beyeler nous plonge dans les méandres du monde intérieur, angoissé et curieux de Munch l'artiste.
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Aujourd'hui, Munch est consacré à Beyeler comme étant instigateur en son temps d'une approche picturale nouvelle, mettant l'homme et son "sensible" au centre de l'étude. Contraste et rupture donc avec l'approche naturaliste, qui se veut fidèle reproduction de la réalité. Dès ses primes heures en rupture avec ses pères, l'homme évoluera tantôt avec espoir, tantôt angoissé et toujours hypra sensible ; attaché à sa Norvège natale et ses légendes.

"and nothing else matter"

Avant d'entrer...

Sur la route de la fondation Beyeler je pensais, allez savoir pourquoi, aux associations improbables et heureuses. J'aurais tout fait, 10000 pas sous cette pluie arrogante et insupportable, des démarches avec un accent bâlois bien rond, tout pour Edvard, tout parce que le titre de mon article était déjà trouvé, et l'ambiance musicale allait trop bien avec l'âme des premiers tableaux aimés là-bas.
La fondation Beyeler, dont c'est le Jubilé (dix ans déjà), featuring Edvard Munch, featuring Metallica selon moi, et moi pour servir tout ce joli petit monde là. De la passion pour le génie visionnaire. De la musique pour les rebelles. Zou ! c'est parti pour la visite.

Première partie...

Qui est sensible devine en un coup d'oeil les maux de prédilections d'Edvard Munch. La peur de l'... Comment le nommer ??? La vie ? L'amour et la mort ? Ce qui fait qu'on est là et que sans prévenir la seconde d'après on devient fou ? Dérangeant...
Aussi en exergue, une sorte de rejet de la vie hors de soi grâce à la peinture. "Le remède de cheval" de Munch consistait à exposer ses toiles au vent et à la pluie. Selon moi cela n'est qu'un pretexte, et Edvard Munch avait peur de ce qui sortait de lui. Confronter ses toiles aux intempéries n'est qu'un alibi pour cacher ce fait là. (qu'on arriverait à nommer aujourd'hui "non assistance à toile en danger!)
Peindre, c'est admettre qu'on vit, qu'on perpétue quelque chose. Laisser une trace, avoir un miroir de son état, le faire constater, et devoir se soigner. Il faut dire que l'équipe de Beyeler s'est mise en quatre pour nous donner l'occasion d'apprécier largement les différentes phases de Munch, tantôt angoissé, tantôt curieux de nouvelles expériences picturales. En peignant pendant des heures une toile que l'on expose sciemment à la détérioration, on ne s'implique que le moment où la toile est en bon état. Mais si on la laisse s'abîmer, au final, on s'est dechargé du mal, et "nothing else matter", vous suivez ?

Deuxième partie...

Les naturalistes sont des gens sûrs d'eux. Les natures mortes sont mortes, les symboles symboliques et les vierges bien gardées. Mais l'expressionniste, lui, demande l'aide de son public. Rien n'est figé et la toile est comme prise de vertige tout le temps, même dans les figures. L'âme elle-même doute. Avant-gardiste Edvard Munch, vous dit on... Déjà atteint du mal au coeur du siècle.

Troisième partie...

"Der Kuss",(le Baiser) ou comment témoigner de son mal être : la vie, l'amour, des notions une seconde maîtrisées, et celle d'après, imperméablement inadmissibles. Edvard Munch peint les amants enlacés comme une ombre, comme si tout à coup le pinceau était gêné, entraîné sur un terrain qu'il ne maîtrise pas. La nature elle, est representée plus nettement, en tous les cas sans états d'âme. C'est l'homme qui peint ou son modèle qui en a, et on note distinctement que lorsque Munch ne se met pas en scène, n'est pas impliqué dans une d'elles, le trait est moins angoissé, plus distinct. A l'inverse, dès que l'artiste se représente, met en scène un souvenir ou un proche, le dessin se fait tourmenté. A Beyeler, j'ai vu quelques exemples de tableau assez gais, emprunts d'une très forte influence impressionniste et aux couleurs presques vives. Même si "l'allant" est toujours retravaillé et flouté, on ressent l'inspiration -au sens propre du terme- qu'a prise Munch au moment de peindre.

Quatrième partie...

on apprend que Munch a été frappé par la grippe espagnole. Et bizarrement, ses toiles postérieures à la maladie sont plus colorées. Comme si le fait d'avoir été confronté à la mort l'avait aidé à dédramatiser la thématique qui l'obsède depuis bon nombre d'années. On découvre une peinture plus franche, presque "Gauguinienne" qui dure un temps, avant de céder à nouveau le devant de la palette à un Munch sombre aux introspections lancinantes qu'on connaît.

Conclusion...

Munch devait ressentir les prémisses de son mal en se démarquant dès ses premières heures. On ressent en parcourant son oeuvre les vagues qui l'ont traversées : les mêmes frissons animent ses tableaux. La panique s'installe et devient un état familier. Munch est précurseur car il explore son mal. Au lieu de le crier ou le boire, il le peint, comme pour l'exhorter à sortir. Hors de lui, mais toujours vainqueur puisque bien réel sur ses tableaux, l'"humeur noire" reste une épreuve visuelle.
L'artiste à mon sens voulait laisser la nature corriger ce mal avec son "remède de cheval". Que ses peintures -et donc l'expression de ses maux- disparaisse par la nature (qui est représentée plus nettement sur les toiles) et qu'il en soit ainsi. Mais le vent et les pluies donnent aux toiles ce que les épreuves donnent aux hommes, des rides et la force de continuer. C'est tout. La toile est encore là, et l'ego de l'artiste est contrarié. Ce qui devait être son salut devient sa particularité : "la technique Munch"... Essai manqué, à contrario de son oeuvre. Peinture, lithographie, films, c'est un héritage monumental et saisissant que nous laisse l'artiste. Munch, moins de cent ans après sa mort, benéficie de la reconnaissance des plus Grands, et grâce à la fondation Beyeler, de l'oeil passionné des amoureux de l'art.

Grandiose !

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by Sophie Marie LARROUY last modified 2007-09-25 09:29