Interview d'André Leroy, directeur des Tréteaux d'Alsace
Du lundi 23 juillet au dimanche 5 août 2007 à 21h15, la compagnie des Tréteaux d'Alsace présentera la pièce "Paroles d'oiseaux" à Seppois le Bas. Pour en savoir plus, rencontre avec André Leroy, metteur en scène, directeur et cofondateur de la compagnie.

Vous l'aurez sans doute compris, il ne s’agit point d’une quelconque entreprise de BTP mais d’une troupe de théâtre professionnelle indépendante sous contrat avec la ville de Mulhouse qui, chaque année depuis 27 ans, investit la ville de Seppois le Bas pour plusieurs représentations exceptionnelles à l’air libre.
La compagnie des Tréteaux d’Alsace...
Comment sont nés les Tréteaux d’Alsace ?
Ils sont issus de mon travail avec des comédiens et d’une rencontre avec une comédienne professionnelle Cathy Ollard.
Il y avait de jeunes comédiens qui voulaient être professionnels, nous avons donc créé une compagnie professionnelle avec ces 6 jeunes comédiens.
Quelle était leur vocation ?
Nous nous sommes donnés pour mission de jouer là où personne ne va jamais (d’où le nom) et de monter des pièces pour le jeune public, car il faut travailler en direction de celui-ci qui sera le public de demain. La jeunesse nous a happés, car avant nous il n’y avait rien pour eux.
Que s’est-il passé ensuite ?
Le changement de pouvoir politique à la mairie de Mulhouse nous a donné la possibilité d’investir une scène. Nous avons alors abandonné la notion de saltimbanque, car il était trop dur de jouer dans des lieux qui ne sont pas faits pour le théâtre.
A ce sujet, notre travail a permis de faire comprendre qu’il fallait plutôt construire des salles de théâtres que des salles polyvalentes.
Pourquoi ?
Parce que si on veut qu’une salle soit vraiment polyvalente, il faut la construire pour ce qu’il y a de plus exigeant c’est-à-dire le spectacle.
Qui peut participer ?
L'inscription aux stages est ouverte à tous, vient qui veut. Nous prenons tout le monde sauf les enfants, car ils sont trop jeunes, surtout pour rester un mois sans leur famille.
Vous savez, pour rester ensemble un mois, il faut le vouloir alors j’attends que les gens motivés se manifestent, c’est pour cette raison que nous ne faisons jamais de pub.
Combien sont-ils ?
10. 5 anciens et 5 nouveaux. Je n’aime pas qu’il y ait trop de comédiens. Chacun doit avoir ses choses à dire.
Chaque comédien interprète plusieurs rôles alors ?
Il y a 10 comédiens et 48 rôles donc la réponse est oui. On choisit volontairement des pièces avec des masques à faire afin de mettre en jeu plusieurs ressorts théâtraux qui leur permettent d’en tirer le maximum pour eux-mêmes et le public.
Ce qui est intéressant c’est de voir comment je montre que je suis le comédien, et comment je montre que je suis celui qui manipule les personnages.
Les tréteaux d'Alsace à Seppois le Bas...

Pourquoi le Sundgau ?
Et bien j’étais conseiller technique et pédagogique en théâtre pour le ministère de la Jeunesse et des Sports. Les enseignants du Sundgau n’arrêtaient pas de me solliciter pour des stages de formation d’animateurs de théâtre amateur et de comédiens et comme ma mère a toujours été passionnée par le Sundgau, j’en avais une préopinion très favorable !
Pourquoi Seppois le Bas ?
Le conseil municipal a fait appel à nous il y a 27 ans. Et nous sommes venus, sans regrets. Ici nous sommes dans des conditions idéales pour travailler, il y a un vrai relai local contrairement à d’autres villes. Et ça, c’est indispensable pour que ça marche !
Vous pensez revenir longtemps à Seppois ?
Rien n’est moins sûr, il y a une véritable érosion des conditions de travail. Le collège où nous étions logés, nourris et où nous répétions s’est agrandi et il ne pourra certainement plus nous accueillir.
L’année prochaine une nouvelle école sera construite et nous ne pourrons plus monter la scène ici.
“Paroles d’oiseaux” par les Tréteaux d'Alsace à Seppois le Bas
Pouvez-vous nous parler un peu de “Paroles d’oiseaux” la pièce choisie cette année ?
C’est une adaptation du “Langage des Oiseaux”, un poème philosophique persan du XIIIe siècle écrit par Farid al-Din Attar qui raconte l’histoire d’un groupe d’oiseaux qui part à la recherche de leur roi secret, guidé par la huppe, un intime du roi Salomon, donc de Dieu.
Le texte a une portée sociale en même temps qu’il s’agit d’une quête personnelle, puisque la huppe invite les oiseaux à se mettre en quête d’un pays où ils seront bien, un pays où se trouve le roi des oiseaux. Ils traversent 7 vallées, chacune étant une leçon de vie (vallée de la mort, vallée de l’étonnement...).
Les oiseaux traversent aussi un désert où ils font des rencontres qui les poussent à continuer leur périple.
Quand finalement ils arrivent, ils demandent à rencontrer le roi des oiseaux, mais le chambellan, refuse car après un si long voyage, ils sont sales. Mais finalement, pris de pitié, il accepte et les oiseaux découvrent dans des miroirs leurs reflets. Ce qui signifie que les rois ce sont eux en fait. C’est un texte sur la quête de la royauté intérieure.
Pourquoi avez-vous choisi cette pièce ?
Ce sont les comédiens qui choisissent la pièce même si je ne leur propose jamais de pièces que je n’aime pas !
Reformulons la question : pourquoi leur avez-vous proposé cette pièce, qu’est-ce qui vous a attiré en elle ?
Ce qui m’a attiré c’est que c’est un texte poétique et plein d’humour, mais sans gaudriole. Il est plein de dérision, à la fois triste et gai.
Comment l’avez-vous travaillé ?
En fonction de ce que le groupe choisit, on fait des improvisations sur la pièce, on essaye de trouver un parti pris, de comprendre les interactions entre les personnages.
A quelques jours de la première, vous êtes confiant ?
Pas tout à fait parce qu’on n’en a pas encore terminé. Encore aujourd’hui, Jean-François m’a proposé une réécriture. On écrit jusqu’à la fin, une pièce de théâtre n’est pas finie jusqu’à ce qu’elle soit finie. Si vous venez à la première représentation puis à la dernière, vous verrez que beaucoup de choses changent.

Comment se passent les répétitions ?
Tout d’abord, le groupe fait connaissance. Les anciens apprennent à connaître les nouveaux, car il faut créer une cohésion.
Ensuite on fait des exercices psychodynamiques pour se connaître, se centrer sur le travail et choisir la pièce.
Comment se fait la distribution des rôles ?
Pour l’attribution des rôles, je me fie à la dynamique du groupe, aux interactions entre les personnages... Tout le monde peut avoir n’importe quel rôle même si physiquement il y a parfois des “contre-indications” !
Je n’aime pas la notion de rôle préconçu. Par expérience, je sais qu’un comique peut être un très bon tragédien.
Le théâtre en plein air selon André Leroy
Le théâtre en plein-air n’est-il pas source de mésaventures climatiques ?
Il nous arrive de devoir arrêter en cours de spectacle à cause d’un orage. Mais en 27 ans, seulement 4 représentations ont été annulées à cause du temps.
Le rapport avec le public est-il différent ?
C’est avant tout du théâtre, donc ça reste du théâtre sauf que c’est un décor naturel que nous décorons et qui donc n’est plus naturel à cause de notre intervention.
Pour répondre plus précisément à votre question, ça ne change rien. Peut-être que pour les gens ça change quelque chose, ils aiment bien venir ici, ça leur rappelle les spectacles sons et lumières.
Et le public en lui même, est-il différent de celui des théâtres ?
Oui, car les initiés se mélangent à ceux qui n’ont pas l’habitude du théâtre et les réactions des premiers entraînent souvent celle des seconds.
Ce qui est étrange aussi, c’est que les réactions changent selon les soirs. Le public du jeudi ne rit pas aux mêmes moments que le public du lundi. Est-ce une question de classe sociale ? Est-ce que les cadres viennent plutôt le vendredi et les chômeurs le mardi ? Je n’en sais rien.
Le théâtre en général selon André Leroy
Quelle est votre conception du théâtre ?
Pour moi le théâtre est un groupe qui se donne. J’accorde la même importance à tous les rôles, car chaque rôle est important.
Ma conception du théâtre, c’est un creuset où tous les arts se fondent : chant, danse, marionnettes, etc.
Vous n’avez jamais été tenté par vous joindre à vos comédiens ?
Mais avant d’être metteur en scène, j’étais comédien ! Il se trouve que j’ai commencé dans la mise en scène en remplaçant un metteur en scène absent.
Pour répondre à votre question, comme comédien, je suis déjà en insécurité, donc si en plus il y a l’insécurité du metteur en scène, c’est trop d’insécurité !
Et si vous deviez faire un choix ça serait...?
La comédie. Mais pour être comédien il faut s’entraîner et plus on vieillit plus il faut s’entraîner. S’entraîner c’est différent d’entraîner les autres. Quand j’ai dû remonter sur scène pour pallier une défection il y a quelques années, il m’a fallu 4 entraînements pour me réhabituer. Mais j’ai fini par retrouver mes jambes de jeune homme.
En fait, vous êtes un passionné qui veut communiquer sa passion au plus grand nombre ?
Oui, mais si tout le monde voulait faire du théâtre, il n’y aurait plus de public.
Un grand merci à André Leroy pour sa disponibilité et sa gentillesse.
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